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Stéphane Arguillère

Études, réflexions et souvenirs sur les religions tibétaines

invocation de l’activité de Sipè Gyalmo à la mule rouge, tirée du Tantra Commentaire du soleil

Photo offerte par Christophe Moulin – elle doit dater à peu près de l'époque où cette traduction a été faite.

Invocation de l’activité de Sipè Gyalmo à la mule rouge, tirée du Tantra Commentaire du soleil

Cette traduction n’aurait pu être faite sans les explications de Géshé (ajourd'hui Khenpo) Gélek Jinpa en juillet 2006 à Shenten Dargye Ling. Une révision complète a été faite en août 2007.

Sô ! Dans un grand charnier effroyable,

Au milieu d’un océan de sang brassé par des vagues,

Dans une forteresse aussi énorme que la montagne axiale, faite d’ossements amassés,

Dans une nuée flamboyante de feu d’où des flammes jaillissent et où elles font retour,

Tu surgis en tant qu’existence de la grande compassion.

Dans la divine forteresse du secret suprême,

Dans le mandala où tous les cimetières sont au complet,

Dans la matrice de Khaladukmo [divinité féminine],

A jailli la félicité de [Tsochok] Kagying Barwa [divinité masculine].

Par la grâce du jeu du Masculin et du Féminin,

[Est engendrée] la suprême déesse de l’Esprit, la Reine de l’Existence :

Elle a trois faces, six bras et, de ses jambes étendues, elle chevauche une mule.

Dans l’espace, elle a une triste figure blanche à droite, marque paternelle ;

Dans l’Elément, elle a, signe maternel,  une face rouge à la bouche béante, à gauche.

Son visage central — la Réalité inaltérable — est d’un bleu sombre tirant sur le noir.

Son Corps, parce qu’il veille sur la doctrine de Tönpa Shenrap, a la couleur des nuées de l’orage.

Ses tresses sont dressées et pour parure de sa tête,  elle porte Tsochok Khagying.

Ses six bras qui éradiquent les six causes [des six mondes] flamboient comme le feu.

La furieuse demi-lune de ses oreilles entend tous les sons des six classes d’êtres.

Des rides convergent vers son nez retroussé dont le souffle balaie les trois mondes.

Attribut effrayant de sa face[1], sa bouche ressemble au foyer carré des oblations brûlées (homa).

Ses crocs découverts qui libèrent les esprits malfaisants sont des pioches de cuivre.

D’un claquement de langue, elle libère les ennemis et esprits semeurs d’embûches ;

Elle est revêtue d’un cuir frais d’éléphant qui détruit radicalement l’hébétude ;

Elle est drapée dans une peau humaine pour marquer l’éradication de l’attachement ;

Elle porte une jupe en peau de tigre éradiquant la présomption

Et une deuxième jupe de peau d’ours pour l’éradication de l’envie.

Pour l’éradication du samsâra, elle est parée d’un serpent en bandoulière.

Éradiquant les passions, elle a pour ornement un triple diadème de crânes.

Pour l’anéantissement des légions démoniaques, elle tient un cadavre empalé [dans sa première main] droite.

Pour repousser les attaques des titans, elle tient une [croix de quatre] svâstikas [dans sa première main] gauche.

Pour éradiquer les ennemis et les esprits faiseurs d’obstacles, dans sa [deuxième main] droite, elle tient une épée.

Pour subjuguer les mamos, dans [sa deuxième main] gauche, elle tient un khatamka (trident d’ascète).

Pour arracher le cœur des ennemis et des esprits semeurs d’embûches, dans [sa troisième main] droite, elle fait rouler un phurbu de fer.

Pour humilier les mamos, elle tient dans [sa troisième main] gauche une calotte crânienne remplie de sang.

Elle enfourche sa mule rousse de ses deux jambes dont l’une est tendue et l’autre pliée ;

Le dais de soie bleu-noir flotte et ondule, pu ru ru !

La bride de sa mule est fait de serpents venimeux qui se convulsent, khyuk se khyuk !

Et le  mors de son cheval est fait de fer météoritique sans mélange, tro lo lo !

Sur la mule se trouve une peau humaine en guise de tapis de selle, qui ondule dans le vent, lhup se lhup !

Le pommeau de sa selle est l’ogre Dhasha qui se cabre, khyuk se khyuk !

L’arrière de sa selle est Gusho l’ogresse qui tressaute, ling se ling !

Sa selle est emballée dans de la peau humaine qui ondule dans le vent, lhup se lhup !

Cette peau est fixée avec des centaines de milliers de cordelettes faites de multiples peaux humaine, shik se shik !

Les sangles et les croupières de la mule sont faites de serpents convulsés, khyuk se khyuk !

Les nœuds sont faits d’une combinaison de cinq sortes de serpents solidement attachés, chum se chum !

Les étrivières sont de peau humaine, tsa ra ra !

Les étriers fait d’os de crâne humain desséché se balancent, tro lo lo !

Les quatre grands rois (gardiens des quatre orients) portent [chacun un sabot de] la mule avec un grondement d’ouragan, wu ru ru !

Elle cravache sa mule avec le cadavre empalé, chak se chak !

Le trot et le galop de la mule vers les ennemis claque si li li !

Les six bras brandissant des armes flamboyantes font lhap se lhap ! [opening closing]

Ses bouches grondent, di ri ri !, les sons de sô !, cha ! et ha 

De son nez surgit un souffle chargé de pestes, thu lu lu ! 

Dans ses yeux scintillent de grandes étoiles, lhap se lhap !

Dans le haut se son corps, se masse la cohorte des déesses nyi li li !

Le bas de son corps fulgure des mamos, sha ra ra !

À sa taille, les walmo ses servantes sont postées, dring se dring !

Elle envoie contre les ennemis les walmos, émanations de son esprit ;

Elle envoie agir l’assemblée des mamos, émanations de sa parole ;

Elle a pour esclaves l’assemblée des déesses, émanations de son corps.

Elle envoie comme messagers les dieux et démons du monde animé et inanimé, émanations de ses émanations !

Les légions de ses émanations variées s’abattent sur les ennemis…

Elle brandit la bannière de victoire au cadavre empalé dans sa main droite cha ra ra !

La calotte crânienne fraîche emplie de sang dans sa main gauche déborde, me re re !

Ses bouches grondent, di ri ri !, les sons de sô !, cha ! et ha !

Les destructeurs de l’enseignement du Bön des mantra secrets

Ainsi ceux qui s’approprient les bien des rigdzin tambourinants ou les convoitent,

Les rudra ennemis de l’enseignement, ceux qui jalousent [les grands pratiquants] et les corrupteurs  [du samaya]

Sans délai, mène-les ici et libère-les maintenant promptement ;

Agis selon les vœux de Yeshen Tsukp’ü qui t’a autrefois conféré l’initiation,

Donné un nom et ce que tu as promis rappelle-toi

Agis promptement selon tes engagements !

Sans délai, sans manquement [désobéissance], accomplis les œuvres qui te sont confiées !

Fais s’abattre sur les ennemis l’armée des dieux et démons du monde externe et interne !

Envoie sur les ennemis les maladies contagieuses (dal yam) des mamos des trois mondes !

Envoie tes signes de mauvais augure, tes prodiges, fais mourir les hommes, envoie-leur la défaite et la destruction !

Éradique la descendance des ennemis !

L’heure est venue, mère unique, Reine de l’Existence !

Accomplissez promptement vos activités, ô assemblées de mamos assermentées !

Libérez ceux qui détruisent l’enseignement du Yungdrung Bön,

Et ceux qui, dans les quatre directions, huit avec les directions intermédiaires, haïssent l’adepte pratiquant que je suis,

Ces êtres au mauvais karma, ces ennemis de l’enseignement !

Sans délai, accomplissez les activités qui vous sont confiées !

[Mantra]

Ce sadhâna secret de la Reine de l’Existence est extraite du Tantra commentaire solaire de la Reine de l’Existence à la mule rouge, découvert comme trésor (terma) par le Tülku Shenchen Lugâ à Ts’o Nga Dakkar. Que se diffuse la fine vertu !

 

[1] Il y a peut-être ici un jeu de mots, puisque le mot byad signifie à la fois « face, visage » et « sorcellerie », etc.

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