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Stéphane Arguillère

Stéphane Arguillère

Études, réflexions et souvenirs sur les religions tibétaines

Suite de mes souvenirs sur Chhimed Rigdzin Rinpoché, n° 10

 

Chapitre précédent : cliquer ici.

Aujourd’hui, plutôt que de donner la suite de la «marche au Gongpa zangthal», je voudrais rapporter, en vrac, quelques «dires» de Chhimed Rigdzin Rinpoché, dont la plupart, autant que je me souvienne, sont de cette époque du tout début des années 1990.

   J’avais toujours connu Rinpoché avec une jeune femme allemande, Gudrun Knausenberger, à qui il devait d’ailleurs à la fin confier la responsabilité de sa tradition pour l'Europe. Le jour où il m’a donné les volumes du Gongpa Zangthal, je l’ai trouvé, chez Jean-Louis Massoubre rue Mesnil, assis sur son lit, placé à la tête de deux autres lits où étaient assises Gudrun, d'un côté, et une autre jeune femme, également blonde et allemande, de l'autre.

   Je crois que, ce qui n’est arrivé que très rarement, il s'est adressé à moi en tibétain, me disant :

« C’est ma nouvelle petite amie, comment tu la trouves ?

—Elle est très jolie, Rinpoché », ai-je répondu également en tibétain, embarrassé de cette question posée devant Gudrun.

Il s’est alors tournée vers cette dernière et, en anglais, d’une voix horriblement sifflante, il lui a dit : « HE FINDSSSSS HER PRETTY !». Je n’ose pas imaginer à quel point cela a pu être offensant pour Gudrun, même si, de la part de Rinpoché, elle était forcément habituée à ce genre de sorties. Je pense qu’elle n’a jamais eu beaucoup d'affinités avec moi — c’est surtout après la mort de Rinpoché que le courant a commencé à mieux passer entre nous; je pense que, ce jour-là, je n’ai pas gagné dans son amitié.

   «C. R. Lama» s'est alors tourné vers moi et, faisant allusion à une jeune femme avec qui il m'avait vu la fois précédente, en 1992 peut-être, il me demanda :

« — Et toi, où est ton amie ?

— C'est fini, Rinpoché.

— Haha, je suis vieux et handicapé et j'en ai deux, et toi qui es jeune et en bonne santé, tu n'en as même pas une seule. »

Avant mon départ pour le Népal (dans l'espoir d'arriver au Bhoutan chez Nyoshül Khenpo), je lui avais d’ailleurs confié mon idée de prendre les vœux de religieux bouddhiste. Il me fait cette réponse qui exprime assez bien le fond de sa pensée sur les moines:

« What is better, having sex with women or having sex with men ? »

Question qui, bien entendu, n'appelait aucune réponse.

   Une amie m’a rapporté un échange avec Rinpoché, qui est tout à fait typique de ce dont il était capable sur le même genre de sujets. Un jour, cette personne, que j'appellerai M., vint voir Rinpoché et lui dit : 

— Rinpoché, j'ai des difficultés dans ma pratique du yoga du rêve.

À quoi il répondit :

— Si tu passes une nuit avec moi, tous tes obstacles seront levés.

Il s’agit d'une femme qui n’était pas bégueule, loin s’en faut, et dont, plus tard, j’ai entendu C.R.R. dire : « M. Too much sex having », d'ailleurs non comme un jugement moral mais simplement pour donner la cause de ses soucis de santé. Mais (m'a-t-elle dit) elle a été complètement désarçonnée par cette proposition inattendue, surtout à cause de l'âge de Rinpoché, de son statut de maître spirituel et de son côté physiquement assez négligé (pour n'en donner qu'un exemple, je me souviens d'avoir entendu Gudrun lui reprocher de ne jamais se laver les dents, et il a répondu : « tu n'avais qu'à pas insister pour que je porte un dentier »).

   Mais, après des mois de cogitation, surmontant toutes ses répugnances, elle revint le voir et lui dit que, s’il le fallait, elle était prête.

« — Mais, M., répondit-il, C'ÉTAIT JUSTE UNE BLAGUE !… »

Pour le chapitre suivant, cliquer ici.

 

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